samedi 14 avril 2018

Les entrailles de l’île Amsterdam

Dimanche 8 avril - 6h30. La base est debout et 10 d'entre nous, comme d'autres la veille, partent pour une expédition renversante; l'ascension de Vénus.

Vénus est un bonheur qui se mérite. Il est bon, afin de pouvoir en jouir pleinement, de surmonter diverses épreuves, prévisibles ou inattendues.

La première est d'arriver en un seul morceau et vivant après la traversée du « Grand Tunnel ». Grand Tunnel c'est le nom donné à une coulée de lave de 1500 mètres de long qui relie la base Martin de Viviès au cratère de Vénus. Sur Amsterdam, des coulées il en existe des centaines, peut-être même plus, elles ont été créés naturellement lors des premières éruptions volcaniques il y a des centaines de milliers d'années. A cette époque, la lave en fusion jaillissait des profondeurs de la Terre, refroidissait sous diverses formes et creusait ces immenses tunnels. Avec le temps, ces coulées de lave façonnées par l'érosion du sol environnant ont formé le caractère si particulier d'Amsterdam.

Grand Tunnel © Chloé TANTON


Aux premières lueurs il faut donc gravir la Roche Godon à son rythme, sans chercher à suivre les bourrins qui caracolent loin devant, ce qui pourrait être fatal pour la suite du parcours. Il convient ensuite d'éviter que son sac à dos se transforme en collier à arrêtoir et vous emmène dans les premiers gouffres, spectacle grandiose mais qui présage un atterrissage délicat. 

Arrive alors l'épreuve des bourbiers, cimetière de bottes ensevelies à jamais, que l'on traverse hagard à grands renforts de fiole miracle. 

La descente dans les profondeurs de la Terre est aisée mais il faut maitriser sa vitesse car le sol instable et glissant peut vous faire perdre pied et c'est comme cela que l'on se retrouve empalé dans une touffe de scirpes accueillante. 

© Mathias RÉGNIER

Après le passage des cavités, à effectuer en scaphandre si la météo est mauvaise, la fin du parcours n'est qu'une formalité, à moins que votre cœur ne lâche devant Vénus éblouissante ou encore que les abimes de l'île décident de vous intégrer à leurs lits d'ossements déjà bien garnis.

Vous voilà donc au pied du cratère, prêt à profiter de Vénus et de cette partie de l'île, innocent que vous êtes ! Il vous reste encore à endurcir le soleil de plomb qui vous rougira les épaules désormais incapables de porter le moindre sac à dos rafistolé et à supporter la belle fratrie qui vous accompagne dont les rires incessants, restent l'arme la plus redoutable.

© Chloé TANTON

© Cyprien GRIOT

Chloé - Ornithologue

vendredi 16 mars 2018

Bonne fête Bénédicte !

En ce jour de la fête des Bénédicte, nous profitons de l'occasion pour vous parler d'une grande dame dont le nom est connu de tout Amstellodamois. Qui ne connait pas la fameuse pointe Bénédicte qui porte son nom ? Plus connu sous le nom de « Pointe B. », elle abrite une station de mesure des gaz à effet de serre, une des plus renommées au monde. En effet, Amsterdam se trouvant au cœur de l'océan indien, est l'île la plus éloignée de toute masse continentale, et par extension de ses émissions anthropiques. A ce titre, les mesures d'Amsterdam, avec celles d'Hawaï, constituent les 2 séries de données de références reconnues mondialement.

Pointe Bénédicte

Dans les années soixante, Bénédicte Ardouin (1935-2016) travaille au CFR (à présent appelé LSCE) dans l'équipe de Gérard Lambert. L'époque est aux contrôles des retombées des explosions nucléaires aériennes. Bénédicte est en charge de recevoir les prélèvements du réseau de filtration CRAPAL et de mesurer leur radioactivité ß. Elle devient le pivot de l'équipe Lambert en centralisant toutes les mesures faites dans ce groupe et en particulier sur les prélèvements d'aérosols effectués dans les TAAF.

Bénédicte Ardouin

Lorsque Gérard Lambert crée en 1980 le programme d'étude du CO2, puis la station de mesure de l'île Amsterdam, il confie à Bénédicte l'organisation du réseau, la collecte et l'archivage des mesures.

Avec sa gentillesse, son dévouement pour tous et son travail rigoureux, elle a joué un rôle fondamental pour toutes les études de physico-chimie de l'atmosphère et est à l'origine des nombreux articles de l'équipe Lambert. Personnalité discrète, elle ne manquait pas de caractère et savait imposer ses idées le cas échéant.

Après sa retraite, elle a continué à entretenir d'étroites relations avec tous ses collègues du laboratoire.

En ce 16 mars, les pompeurs d'air d'Amsterdam lui rendent hommage et la remercie pour sa bienveillance : le crapaud fonctionne de nouveau ;)

mercredi 21 février 2018

Roi des mers sur son trône de sphaignes

© Rémy LEMARCHAND

Comme chaque année à la mi-février, c’est la période ou les Albatros d’Amsterdam se rassemblent sur le mystérieux Plateau des Tourbières pour s’y reproduire.  Depuis quelques jours, ces géants des mers australes volent au-dessus de la base Martin-de-Viviès, leurs longues ailes adaptées au vol plané leurs permettent de parcourir l’île en quelques heures seulement.

Le plateau des tourbières © Marine BELY

Albatros d'Amsterdam © Brendan CORBEL

L’Albatros d’Amsterdam c’est un corps trapu, moucheté, blanc à reflets noirâtres, taupe ou saumonés pour certains, muni d’un bec puissant, de longues pattes palmés et de grandes griffent qui ne lui permettent pas grand-chose, à la démarche lente, inapte au sol, se nourrissant de poissons, mollusques céphalopodes marin à corps cylindrique, qui toisent les visiteurs d’un liquide rouge orangé vomitif quand il se sent menacé… en dehors de cela sa seule présence impose le respect et l’émerveillement.

Ornitho et Albatros d'Amsterdam © Brendan CORBEL

 
Oiseau marin fabuleux de l’île Amsterdam, son chant plaintif et sifflant inspire et sa rencontre passe pour un présage de calme et de paix.

Albatros d'Amsterdam © Brendan CORBEL

Au milieu de ces étonnements et de ces merveilles sur le Plateau des Tourbières,  le programme 109 « Ornitho-Eco » est chargé chaque année de suivre l’évolution de cette rare population. L’équipe fraichement revenue du premier passage de février, a littéralement voyagé au souffle d’un vent modéré que les grands albatros activaient parfois de leurs vastes ailes.

Chloé - Ornithologue



Sphaignes du plateau des tourbières © Brendan CORBEL